Le Paracheirodon innesi

 

Paracheirodon innesi

 

Un joli poisson difficile à reproduire, mais facile à faire pondre, le Paracheirodon innesi (Hyphessobrycon innesi, tétra-néon ou néon).
Famille : Characidae (prononcez karacidé).
Habitat : Le bassin de l’Amazone, Pérou, Bolivie, entre autres le Rio Madeire

Le pH de l’eau dans laquelle il vit dans la nature est de +/- 6,6. La température de 18 à 20° C, le TH, 1 à 5. Toutes les eaux proviennent de la Cordillère des Andes, d’où une eau froide et peu minéralisée, légèrement acide. Les matières organiques sont importantes ce qui donne à l’eau une couleur ambrée et sombre. Les adultes dans nos aquariums s’accommodent à l’eau calcaire, les importateurs ont coutume d’habituer les espèces à l’eau dure.

Le néon est un poisson robuste et très sociable, de petite taille, à garder de préférence avec d’autres characidés.
Si reproduire le néon innesi vous tente, je vous conseille de vous faire la main avec le gracilis, (Hemigrammus erythrozonus ou néon rose ou tétra incandescent) plus facile, plus ou moins dans les mêmes conditions de biotope. En cas de réussite, vous pouvez vous attaquer à notre innesi.

Le matériel indispensable :

Une cuve en verre de +/- 10 litres.
Un pH-mètre.
Une bonne loupe grossissant minimum 3 fois.
Une lampe de poche.
Une grille : voir plus loin.
Des parois opaques individuelles qui permettront d’occulter chaque face du bac.
Un  » mob « 

La maîtrise de l’eau : 

Pour acidifier : du phosphate monosodique NaH2PO4.
Pour durcir l’eau : de l’hydroxyde de sodium NaOH

La maîtrise de la nourriture :

Principal facteur d’échec.
Infusoires à profusion, nauplies d’artémias.

Le gros problème, c’est de pouvoir s’assurer que les géniteurs n’ont séjourné que très peu de temps dans de l’eau calcaire. Dans le cas contraire, les femelles risquent d’avoir les ovaires sclérosés, les œufs sont attaqués par un protozoaire. Donc, achetez des poissons les plus petits possibles et maintenez-les dans de l’eau de pluie convenable avec une dureté TH de 1 à 5, et un pH de 5,5 à 6,5 à une température de 22°C. Après dix mois ils sont capables de se reproduire.
Lors de mes premiers essais, vers 1960, on m’a dit qu’il était possible de reproduire le néon dans l’eau de Spa Reine, qui est très peu minéralisée, ce que je fis. Actuellement, des aquariophiles reproduisent le néon dans de l’eau de pluie récoltée plusieurs heures après le début de l’ondée, sur une surface neutre et dans un lieu exempt de pollution atmosphérique. Pour ma part, je n’ai jamais essayé l’eau de pluie, sauf pour le gracilis qui m’a donné de bons résultats.

Préparation du bac de ponte :

Réalisez une grille constituée d’un cadre qui recevra de la toile type moustiquaire, à placer à plus ou moins 2 cm du fond. Il faut que ce cadre soir bien ajusté pour éviter que les poissons puissent se coincer entre le cadre et la vitre. Le but est de permettre le passage des œufs et de les soustraire à la voracité du couple géniteur.
Placez un petit filtre intérieur à exhausteur, qui recevra de l’ouate de perlon provenant d’un autre filtre, légèrement rincée, de telle sorte qu’elle contiendra déjà les bactéries qui vont assurer la filtration biologique. L’eau filtrée doit être limpide en permanence.
Sur la grille, déposez un  » mob  » fait de laine verte que l’on aura bouillie au préalable. C’est là que se produira la ponte. L’eau aura 23°C, un TH de +/- 1 et un pH de 6,4 à 6,6. Tout le matériel utilisé doit être d’une propreté rigoureuse, une parfaite hygiène de l’aquarium est une des clefs du succès.

La reproduction :

La cuve mise en service huit jours avant l’introduction du couple de +/- 1 an, est placée dans un endroit peu éclairé. La femelle se reconnaît à son abdomen plus rebondi, le mâle est plus élancé. Après avoir fait jeûner le couple durant 24 heures, placez-le dans l’aquarium dont, toutes les faces, sauf celle avant, sont obscurcies.
La ponte a lieu le lendemain soir, au moment de la ponte, on obscurcira également la face avant avec une plaque dont le quart inférieur pourra être relevé. Le mâle frétille devant la femelle qui se cache sous le  » mob « . Il se place sous elle, les mouvements deviennent plus intenses. A l’issue de cette parade amoureuse, la femelle libère des œufs transparents par environ dix à la fois pour arriver à une centaine au total. En relevant le quart inférieur de la plaque occultante, à l’aide de la lampe de poche, on peut observer les œufs qui auront traversé la grille. Les œufs (et les alevins) sont très sensibles à la lumière et difficiles à voir, sauf ceux non fécondés qui sont blancs. L’éclosion se remarque environ 24 h après la ponte, au bout de quatre jours les alevins qui se sont nourris de leur sac vitellin nagent librement. Ce n’est qu’au cinquième jour que l’on distribuera des infusoires et cela durant 4 jours. Petit à petit on habituera les alevins à la lumière en enlevant à raison d’une par jour, chacune des parois utilisées pour obscurcir le bac.
Pour obtenir des infusoires  » propres « , voyez la technique reprise par mon ami Michel Vandenbrouck du Véliféra, dans son recueil  » Trucs et Astuces  » et publiée dans AQUAFAUNA. Utilisez l’eau du bac d’alevinage pour terminer de remplir la bouteille de culture au-dessus de l’ouate de perlon.
Nous sommes au 9ème jour (5+4), c’est le moment de distribuer des nauplies d’Artémia salina. Si le ventre de vos alevins est bien rebondi, toutes les chances de réussite sont de votre côté, il est impératif de siphonner les nauplies non consommées car une hygiène rigoureuse est de règle. Corrigez le pH si nécessaire. Après 15 jours, on peut distribuer de la nourriture en poudre ou toute autre nourriture vivante que la bouche de vos alevins pourront absorber.
Jusqu’à l’âge de trois mois, les jeunes sont très sensibles au moindre changement de leur biotope. Après cette période, ajoutez petit à petit de l’eau carbonatée afin de les habituer progressivement à une eau de TH 7 à 10.
Ce qui précède c’est mon expérience, à vous de tenter l’aventure. Bonne chance.

Notes.
-Les femelles peuvent pondre toutes les semaines de septembre à mars.
-Si 48 heures après l’introduction du couple rien ne s’est passé, enlevez-le et faites un nouvel essai plus tard.
-La nourriture des jeunes alevins doit être abondante, car ils ne chassent pas et attendent qu’elle soit à la portée de leur bouche.
-N’importe quel mâle et n’importe quelle femelle, en bonne condition, peuvent former un couple.
-Pour éviter l’introduction d’alevins dans le filtre, placez sur l’entrée d’eau un léger voile d’ouate de perlon.
-Durant les jours qui précèdent l’accouplement (sauf le dernier jour : jeûne de 24 heures), nourrissez le couple avec du vivant uniquement : petites drosophiles, vers de vase, daphnies, artémias…

 

Willy Gelas