La Bombina


 Bombina

SYSTEMATIQUE

CLASSE     : Amphibiens
ORDRE      : Anoures
SOUS-ORDRE : Archaeobatrachia
FAMILLE    : Discoglossidae
GENRE      : Bombina
ESPECES   : Bombina bombina (nord-est de l’Europe et Asie du sud-ouest)
Bombina orientalis (nord-est de la Chine, Mandchourie, Corée)
Bombina variegata (Europe centrale et méridionale, Belgique)
Bombina maxima (Asie)

INTRODUCTION

Le Véliféra avait décidé, lors d’un déménagement, de construire un aquaterrarium d’ensemble. L’idée était de réunir, dans un seul et grand bac d’ensemble, des batraciens et des poissons d’eau chaude.
Plusieurs impératifs s’imposèrent:
– la bonne cohabitation entre les locataires;
– la facilité de l’entretien des espèces retenues;
– la légalité de la détention des animaux sélectionnés.
Ayant déjà conservé quelques amphibiens, le choix de Bombina orientalis sembla alors évident.

DESCRIPTION

La Bombina est une petite grenouille verruqueuse de 4 à 5 cm. Par cet aspect, elle ressemble plus à un crapaud qu’à une grenouille.
Cependant, la couleur de nos animaux n’est pas le gris-brun, habituel du Bufo bufo bufo, notre crapaud commun; le dos et le ventre sont noirs, marbrés pour l’un de vert (clair ou foncé), et pour l’autre de rouge orangé. Le plus souvent deux taches claires se dessinent entre les épaules.
Le ton peut varier d’un individu à l’autre. Ainsi, l’un aura un dos plus foncé, un ventre plus orangé.
Ces variations ne permettent cependant pas la différenciation sexuelle.
Chez les juvéniles, la couleur ventrale orangée n’est progressivement atteinte qu’après plusieurs mois. Les jeunes ont le ventre gris marbré. Leur dos tout aussi marbré est de couleur plutôt brunâtre.

MOEURS

Ce sont des animaux essentiellement aquatiques. Le plus souvent, ils flottent à la surface, toutes pattes écartées. Seuls, les yeux observent tout mouvement.
Un comportement, assez déroutant, est souvent décrit dans la littérature : en cas d’attaque, leur réflexe consiste à aplatir tout le corps; la tête et les membres recourbés vers le haut et écartés du corps, montrent les parties inférieures des mains et des pieds qui sont vivement colorés; quelque fois, les glandes de la peau sécrètent une mousse blanche, répandant une odeur de cresson, qui provoque une irritation des muqueuses conjonctives et nasales, accompagnée de crises sternutatoires. Cette position rigide et immobile est conservée pendant que la respiration est presque suspendue et que les yeux sont clos. Cette attitude de mort feinte peut surprendre l’attaquant; même si elle n’arrête pas le prédateur, le goût de la proie, goût empreint de venin, fournira une sensation fort peu agréable dont il aura toutes les chances de se souvenir.
Ce comportement n’a jamais été remarqué au Véliféra; apparemment, nous ne représentons pas une réelle menace. Si nous essayons de les toucher, soit ils s’enfuient en bondissant, soit ils s’aplatissent sur eux-mêmes et ne bougent plus.

La Bombina est communément appelée sonneur: sonneur oriental (B. orientalis), sonneur à ventre de feu ou à ventre rouge (B. bombina), sonneur à ventre jaune ou à pieds épais (B. variegata), grand sonneur (B. maxima).
Leur nom vient du fait que les mâles émettent de petits sons. Cette différence sexuelle est la plus évidente, les autres sont plus subtiles.

Lors de la période de reproduction (printemps et début de l’été) le mâle ceinture fortement la femelle dans une position appelée amplexus. Cet amplexus est lombaire: en effet, l’étreinte s’effectue au bas du dos et non sous les aisselles; le mâle se trouve au-dessus de la femelle, ses mains se rejoignant sur la région pubienne de sa partenaire, et émet un petit cri flûté “hou, hou…”. Pour se maintenir dans cette position, les muscles des avant-bras sont plus développés; de plus, dans ce prolongement, est constaté un bourrelet, une “pelote nuptiale” au niveau du pouce. Ce coussinet rugueux est visible à l’époque des amours.

En captivité, le mâle maintient tout au long de l’année une certaine activité sexuelle. Cet appétit se traduit par un harcèlement des dames Bombina. Il n’est pas rare de voir aussi dans une certaine excitation, deux mâles se débattant, l’un entraînant l’autre au fond de l’aquaterrarium.
S’il existe des cris d’amour, des cris de délivrance peuvent être émis quel que soit le partenaire.
La période de reproduction est étendue afin de permettre plusieurs pontes (2 à 3). Les oeufs sont peu nombreux : quelques douzaines mais atteignent une dimension de 0,8 cm. Ces œufs, pondus un par un sont attachés aux plantes aquatiques, aux rochers ou aux débris sur le fond.

OBSERVATIONS EN AQUATERRARIUM

Après avoir aménagé, en avril, un aquaterrarium d’un mètre cinquante de long, de cinquante centimètres de largeur et d’un mètre de haut (dont la moitié pour la hauteur de l’eau), notre club, le Véliféra y a mis quelques dizaines de Cardinalis et d’autres Characidés juvéniles.
Dans cet ensemble, quatre Bombina furent introduites.
La température de l’eau était de 22°C et le pH de 6,5 (eau de pluie).
Quelques jours après la mise en route, une “grenouille” décéda. Sur les trois restantes, au moins deux mâles furent identifiés par leurs cris. Deux à trois semaines plus tard, quelle ne fut pas notre stupéfaction devant une bonne vingtaine de têtards nageant en broutant les rares algues.
Les têtards naissent très vite: huit jours seulement suffisent pour que l’oeuf éclose. Déjà gros à leur naissance, ils atteignent très rapidement 5 cm de long avant l’apparition des membres postérieurs puis des membres antérieurs. La queue se résorbe ensuite progressivement. Réduite alors à la taille de 1,5 cm, la petite Bombina commence sa phase terrestre; il lui faudra trois ans d’attente avant de devenir adulte.
Si les adultes se nourrissent exclusivement de nourriture vivante (mouches bleues, drosophiles, vers de vase, moustiques, etc.), le têtard, lui, est omnivore: nourriture sèche ou surgelée, algues. Quant au juvénile, il chasse les proies en rapport avec sa taille. Après s’être caché dans la végétation humide pendant quelques mois, il rejoint le milieu aquatique.
Cette reproduction est un pur hasard. A plusieurs reprises, j’avais tenté de la provoquer. En principe, l’éveil et la stimulation sexuels interviennent après une période de froid, période d’hivernation où ces animaux ne se nourrissent plus où le métabolisme des animaux est ralenti. Cette “hivernation” n’est pas une hibernation dans l’acception même du terme.

Après avoir isolé un couple présumé dans un petit terrarium placé dans un grenier, à l’abri du gel, où seule une lucarne donnait une faible lumière, je l’ai replacé dans un aquaterrarium d’ensemble. Aux beaux jours, l’ensoleillement et la chaleur s’imposent et les amplexus sont continuels, mais aucun résultat. Mais, avais-je deux mâles, l’un des deux était-il stérile, les poissons (Characidés adultes) ou les tritons granuleux n’avaient-ils pas gobé les œufs ? Autant de questions restées sans réponse.

L’aquaterrarium du Véliféra présente, dans sa partie aérienne, des terrasses où poussent diverses plantes marécageuses ou même aquatiques (Hydrocotyles). Lorsque les Bombina chassent, elles gravissent aisément la paroi, s’appuyant de leurs pattes postérieures musclées et se hissant dans la “brousse”. Intelligentes, elles ont vite fait de repérer le trou de la vitre latérale par lequel s’envolent les mouches; ces dernières viennent se régaler sur les fleurs se trouvant à proximité de leur envol : là, bien tapies, nos locataires n’ont plus qu’à attendre leurs victimes…
La Bombina ne possède pas une langue réellement extensive comme celle du caméléon. Sa langue est courte et trapue, ce qui l’oblige soit de s’approcher de sa cible, soit, si la distance est un peu trop importante, de bondir pour atterrir, bouche ouverte, sur sa proie.

MALADIES

La Bombina est un animal robuste et peut vivre en captivité une quinzaine d’années.

Malheureusement, elle est sujette à plusieurs maladies qui, chez moi, ont eu pour la plupart une issue fatale.
– La première consiste en une paralysie des pattes arrière; une anémie de l’animal est associée à cette paralysie: cette anémie est-elle engendrée par une dégénérescence abdominale interne ou bien par le fait que, ne sachant plus se déplacer, le batracien ne peut plus se nourrir ? Je ne crois pas tellement à la deuxième hypothèse: essayant de lui présenter de la nourriture juste devant sa bouche, je n’ai pu la forcer à accepter cette pitance; en outre, une perforation ventrale a, dans ce cas, souvent été remarquée. Je pense que la dégénérescence a été provoquée par un virus ou une amibe quelconque et non par une avitaminose (carence en vitamines). L’origine de la maladie est peut-être l’asticot vendu chez le marchand d’articles de pêche; en effet, après plusieurs décès étalés sur plusieurs années, j’ai arrêté leur alimentation par asticots et ces décès ont cessé. Ces asticots sont-ils porteurs d’un parasite ou bien continuent-ils en partie leur développement à l’intérieur de l’animal avant d’être attaqués par les sucs digestifs ? Dans le doute, abstiens-toi!
– La deuxième se présente par l’apparition d’une cataracte : l’iris se recouvre d’une sorte de voile blanc. Comme la vue est primordiale pour la chasse, si ses deux yeux sont atteints, la Bombina meurt de faim à la longue.

Pour ces maladies, aucune contagion n’a été constatée entre les amphibiens et les poissons ni entre les amphibiens eux-mêmes.

CONCLUSIONS

– La Bombina est une petite “grenouille” facile à entretenir.
– La nourriture doit être vivante, c’est-à-dire qu’elle doit bouger; seul le mouvement attire l’attention du Bombina. Si la nourriture est donnée avec parcimonie, la chasse effectuée donne lieu à des spectacles de sauts, de bonds extraordinaires.
Elle peut vivre dans un aquaterrarium d’ensemble, d’espace suffisant; mais, mais… la connaissance d’une cohabitation correcte entre les divers locataires est obligatoire : poissons – amphibiens, amphibiens – amphibiens. La température maximale de l’eau est un des paramètres important à retenir.
– La Bombina est grégaire; dès lors, il est obligatoire d’introduire plusieurs individus. Veillez, bien sûr, à ne pas surpeupler votre bac.
– Comme tout batracien, le sonneur peut jeûner pendant de longues périodes (mais l’animal doit être en bonne santé !), ce qui permet de partir en vacances sans trop de soucis.

Voilà, ceci était une expérience personnelle qui attend de s’enrichir de votre propre vécu.

Pierre Demol

Bibliographie

Amphibiens et Reptiles par G. F. De Witte (Patrimoine du Musée royal d’Histoire naturelle de Belgique 1948)
Guide du terrarium par Gilbert Matz; Maurice Vanderhaege (Delachaux Niestlé 1978)
Les Amphibiens et les Reptiles par Stuart McCready (France Loisirs 1986)
Les Amphibiens et les Reptiles par H. W. Parker; Angus Bellairs (Bordas Paris/Montreal)
Les Amphibiens et les Reptiles par Günter Diesener; Josef Reichholf (France Loisir)
Les Amphibiens vivants du monde par Doris M. Cochran (Hachette 1965)
Tous les Reptiles et Amphibiens d’Europe en couleurs par E. N. Arnold; J. A. Burton (Elsevier)
Vie et moeurs des Amphibiens par F. Angel (Payot 1947)