Betta splendens

Poisson éternellement à la mode, le Betta splendens est, semble-t-il, le poisson tropical ayant fait l’objet du plus grand travail de sélection. En particulier pour les couleurs et les voiles impressionnants qu’arborent les mâles.

L’objet n’est cependant pas ici de faire une description des différents types issus de sélections, mais de faire part de ma petite expérience personnelle de reproduction.

 

Betta splendens mâle (robe bleue)
Betta splendens mâle (robe bleue)

 

Description du bac de reproduction :

J’ai utilisé un petit bac de 17 L muni d’un système de filtration à faible débit (type bac à crevettes), car les Betta splendens n’aiment pas les courants forts et peuvent vivre dans de petits volumes d’eau.

Dans la nature le poisson est capable de vivre dans des flaques d’eau stagnante peu oxygénée, grâce à son système de respiration labyrinthique qui lui permet d’extraire l’oxygène de l’air en surface. Lorsque son milieu est trop hostile ce poisson peut quitter sa flaque en sautant vers une autre plus accueillante.

C’est pourquoi il est important de couvrir le bac de reproduction, si l’on ne veut pas retrouver le poisson sec sur le parquet…

Le fond du bac doit être sombre et de préférence démuni de substrat.

Ainsi le mâle, aidé de la femelle, peut repérer plus facilement les œufs lors de la ponte.

Pour agrémenter le bac et procurer quelques cachettes aux poissons (surtout à la femelle), j’ai ajouté de petits pots en terre cuite garnis de plantes et de la mousse de java flottant librement.

Betta splendens femelle
Betta splendens femelle

 

Protocole de reproduction :

Les différents articles et commentaires, que j’ai lus avant de commencer cette expérience, insistaient tous sur le caractère très territorial des Betta splendens, mâle surtout, mais aussi femelle.

Quelques mesures de précaution sont donc de mise pour mettre les deux sexes en présence l’un de l’autre.

J’ai d’abord introduit le mâle dans le bac de reproduction et l’ai laissé seul quelques jours, prendre possession des lieux.

Comme je ne suis jamais pressé et vite distrait, ces quelques jours sont devenus semaines.

J’ai ensuite introduit dans ce même bac, un pot à confiture rempli d’eau et contenant la femelle.

C’est alors que les deux poissons sont devenus fous ; séparés par la paroi de verre du pot de confiture, ils se faisaient face les ouïes ouvertes, toutes nageoires déployées.

Durant cette période d’observation, l’instinct de reproduction semble peu à peu prendre le dessus sur l’instinct territorial. C’est alors que le mâle confectionne un nid de bulles en surface, sous les feuilles des plantes flottantes.

C’est à ce moment que je décide de libérer la femelle.

Je me réjouis alors d’avoir prévu quelques cachettes pour lui permettre d’échapper aux charges du mâle.

Ce petit manège dure quelques heures : entre la présentation dans le pot de confiture et la ponte, la journée était passée !

C’est en début de soirée qu’enfin les deux poissons « s’accordent ». A mettre… entre guillemets car, sans vouloir juger qui que ce soit ou la nature elle-même, cet épisode n’est à mon sens pas moins violent que le reste.

Accouplement
Accouplement

La femelle ayant finalement pris une position statique tête vers le fond du bac, sous le nid de bulles, le mâle enroule son propre corps autour de l’abdomen de sa partenaire et le comprime pour en expulser les œufs tout en déversant sa laitance. Puis il relâche l’étreinte laissant sa moitié, étourdie et suffocante, pour aller récupérer dans sa bouche les œufs fécondés et les porter dans le nid de bulles. Lorsqu’elle reprend ses esprits, la femelle aide le mâle à la récupération des œufs.

Les deux protagonistes recommencent ce gros câlin plusieurs fois jusqu’à ce que le mâle chasse finalement la femelle épuisée de sous le nid de bulles. Il convient alors de la retirer et de l’isoler dans un autre bac.

Ensuite, le mâle veillera sur les œufs et les alevins, qui naîtront 24 à 36 heures plus tard, récupérant tous ceux qui tomberaient du nid pour les y replacer.

Ceci sans se nourrir jusqu’à la nage libre des alevins. Une fois ce stade atteint, il convient de retirer le mâle

Chez moi, entre la présentation des deux parties et la nage libre des alevins, sept jours se sont passés. Il convient donc de bien nourrir les poissons avant de tenter la reproduction, pour stimuler l’instinct « paternel » du mâle, qui pourrait se repaître de sa progéniture, et donner assez de réserves et d’énergie à la femelle pour supporter l’épreuve.

Petites remarques en passant, la littérature insiste beaucoup, et moi aussi, sur l’agressivité du mâle envers la femelle. Cependant, si cette dernière avait perdu quelques écailles dans la bataille, elle avait aussi pu transformer en lambeaux les superbes voiles de son partenaire !

Il convient de choisir une femelle de taille adaptée à celle du mâle.

J’avais préalablement choisi une femelle plus grande, dont la couleur me plaisait mieux. Mais mon mâle de taille modeste n’a jamais réussi à s’enrouler correctement autour d’elle !.

J’ai trouvé plus tard un article qui décrivait ce phénomène: le mâle s’il ne parvient pas à rapidement expulser les œufs, se vide de sa laitance. Les deux éléments n’étant pas libérés simultanément, il n’y a pas de fécondation.

Les alevins :

Ils naissent 24 à 36 heures après la ponte. Il sont minuscules, peut-être 1 mm, et possèdent un sac vitellin.

Une fois la nage libre atteinte, il convient de les nourrir. N’ayant pas préparé de souche d’infusoires au préalable, je tente de donner des larves d’artémia de mon cru. Malgré leur petite taille, les poissons s’en nourrissent sans difficulté et l’on peut rapidement voir leur ventre se gonfler d’une belle couleur rose orange.

Le nombre d’alevins est difficile à estimer. Il y en avait sûrement 100 au moment de la première nage libre. Il ont maintenant 2 mois et sont un peu moins nombreux, peut-être 60.

La vitesse de croissance est très variable d’un individu à l’autre. Les plus grands mesurent aujourd’hui 1.5 cm ; quant aux plus petits, ils font entre 0.5 et 1 cm.
Les couleurs commencent à apparaître vers 3 ou 4 semaines et ne cessent de s’intensifier. Je soupçonne les plus grands individus d’être des mâles car leurs nageoires semblent plus longues et leurs couleurs plus vives, mais je n’ai aucune certitude à ce sujet. A suivre donc …

Alevin
Alevin

 

Georges Gandour